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L’économie circulaire, l’économie d’usage, les circuits courts, les circuits locaux et l’économie collaborative sont des concepts clés de la durabilité et de la gestion des ressources. Chacun propose une approche différente pour réduire les déchets, optimiser les ressources et limiter l’impact environnemental. Et pour les faire fonctionner, la logistique des flux de marchandises et des flux d’informations est IN-CON-TOUR-NA-BLE !
Ô joie des économies alternatives !
L’économie circulaire
L’économie circulaire est un modèle économique qui vise à réduire la production de déchets en favorisant la réutilisation, le recyclage et la régénération des matériaux. Elle cherche à créer des boucles où les produits en fin de vie redeviennent des ressources.
Du point de vue logistique, cela suppose des systèmes de collecte, de tri et de traitement, et une coordination entre des acteurs qui, jusque-là, ne se parlaient pas. Les difficultés tiennent à la gestion des flux physiques, souvent faibles et dispersés, à la coordination des parties prenantes et aux partenariats à créer entre les étapes de la chaîne de valeur.
Les leviers sont connus : optimiser les itinéraires de collecte, suivre et tracer les flux pour savoir ce qui revient et dans quel état, et monter une logistique inverse qui organise le retour des produits en fin de vie. Ce n’est pas la logistique aller tournée à l’envers : les volumes sont irréguliers, l’état des produits inconnu à l’avance, et chaque retour coûte une manutention.
La consigne du verre, un test grandeur nature
Le retour de la consigne sur le verre en est l’illustration la plus concrète. Lancée par l’éco-organisme Citeo en juin 2025 dans les Pays de la Loire, la Bretagne, la Normandie et les Hauts-de-France, l’expérimentation visait 750 magasins. Un an plus tard, l’ONG Zero Waste en comptait 350, avec en moyenne neuf références réemployables par magasin. La loi AGEC fixe pourtant un objectif de 10 % d’emballages réemployés en 2027.
Le cadre européen va accélérer le mouvement. Le règlement (UE) 2025/40 sur les emballages, dit PPWR, s’applique depuis le 12 août 2026. Dès le 1er janvier 2030, il impose des objectifs de réemploi qui touchent directement les entrepôts. 40 % des palettes, 10 % des caisses de transport hors carton et 10 % des emballages de livraison e-commerce devront être réemployables. Pour les emballages de transport utilisés au sein d’une même entreprise ou d’un même pays, l’objectif est de 100 %.

Économie d’usage ou de fonctionnalité
L’économie d’usage, ou de fonctionnalité, vend un service plutôt qu’un produit. L’idée est d’utiliser davantage chaque objet et de réduire la possession individuelle : plutôt que d’acheter une voiture, on loue, on partage ou on s’abonne.
Du point de vue logistique, il faut repenser la façon dont les produits sont conçus, distribués et entretenus. L’entreprise reste propriétaire de l’objet : elle doit le livrer, le récupérer, le réparer et le remettre en circulation au moment où le client en a besoin. Cela demande de la prévision de la demande, une logistique de retour pour la maintenance et une planification fine des ressources… une supply chain efficace, en somme !
Pour une logistique affûtée, trois outils comptent : le suivi des équipements et la maintenance prédictive, l’optimisation des tournées de service, et une logistique inverse organisée pour les produits en fin de vie.
L’exemple de Decathlon reste intéressant à suivre. En 2025, le groupe a vendu 1,6 million de produits de seconde main dans 43 pays et compte 1 746 ateliers de réparation, présents dans la quasi-totalité de ses magasins. Il a aussi pris 65 % de Bikeleasing Group, spécialiste européen de la location de vélos aux salariés, selon son communiqué de résultats du 2 avril 2026. Chacune de ces activités crée un flux retour qu’un distributeur classique n’a pas à gérer.
L’économie collaborative
L’économie collaborative met l’accent sur le partage des ressources et des compétences entre particuliers et entre organisations : plateformes de partage, location entre particuliers, covoiturage, ou mise en commun de capacités entre entreprises. Ici, c’est la logistique des flux d’informations qu’il faut maîtriser en premier, même si la réalité physique doit suivre pour que la mise en relation aboutisse.
L’entreprise Shopopop est une initiative pertinente sur ce sujet. Elle confie la livraison des courses à des particuliers qui font déjà le trajet, et met ainsi en relation magasins et livreurs occasionnels. L’entreprise annonce 5 millions de livraisons en 2025. Le modèle a ses règles, notamment juridiques : nous les détaillons dans notre article sur le cotransportage dans le commerce de détail.
Circuits courts
Pour le ministère de l’Agriculture, un circuit court est un mode de commercialisation par vente directe du producteur au consommateur, ou par vente indirecte avec un seul intermédiaire. Au-delà, c’est un circuit de distribution classique. La définition ne fixe aucune distance : un circuit court n’est pas forcément local.
Du point de vue logistique, les circuits courts demandent une organisation efficace du référencement des fournisseurs, de la collecte, de l’entreposage et de la distribution. Les difficultés portent sur la coordination entre producteurs et consommateurs, la gestion des stocks face à la demande, et des livraisons efficaces et sobres, pour rester cohérent avec l’esprit du circuit court.
La vente directe du producteur est bien sûr un circuit court. Mais un supermarché qui s’approvisionne directement chez un producteur pour revendre ses produits en est un aussi… avec un maillage du territoire souvent très étendu et une logistique éprouvée pour garantir le service.
Circuits locaux
Les circuits locaux mettent l’accent sur la production et la consommation dans un même périmètre géographique. Ils réduisent les distances parcourues par les produits et rapprochent producteurs et consommateurs.
Les enjeux logistiques concernent la coordination entre acteurs locaux, la gestion des stocks pour servir la demande, et surtout la consolidation : il faut regrouper et homogénéiser de petites quantités issues de nombreux producteurs pour obtenir des lots livrables. Les opportunités sont réelles : moins de kilomètres, un engagement local, et une réponse aux orientations publiques en faveur de la consommation locale, notamment dans la restauration collective.
Un acteur qui orchestre bien cette dimension locale et courte est l’initiative Direct Market, avec un pilotage très fin des flux d’informations. Sans oublier les MIN et marchés de gros de France et de Navarre qui, depuis des décennies et un peu comme M. Jourdain faisait de la prose, mettent à disposition une offre locale et souvent courte grâce à l’outil logistique du carreau des producteurs.
Ce que chaque modèle demande à la logistique
| Modèle | Principe | Flux logistique déterminant | Exemple cité |
|---|---|---|---|
| Économie circulaire | Réutiliser, recycler, régénérer | Collecte, tri, lavage, logistique inverse | Consigne du verre (Citeo) |
| Économie d’usage | Vendre l’usage plutôt que le bien | Livraison, reprise, réparation, remise en circulation | Seconde main et location (Decathlon) |
| Économie collaborative | Partager des ressources existantes | Mise en relation, information en temps réel | Livraison par des particuliers (Shopopop) |
| Circuit court | Un intermédiaire au plus | Référencement, collecte, distribution | Approvisionnement direct en magasin |
| Circuit local | Produire et consommer dans un même territoire | Consolidation de petits volumes | MIN, carreau des producteurs |
L’œil de l’expert
Avant de promettre la reprise de vos produits ou de vos emballages, chiffrez le flux retour. Un retour coûte une collecte, un contrôle, un tri, souvent un nettoyage, et un emplacement en entrepôt pour des volumes faibles et irréguliers. Sur des retours hétérogènes ou de petit volume, ce coût peut dépasser la valeur de ce que l’on récupère, et une valorisation externe, cession ou revente à un repreneur, s’avère parfois plus efficace. La décision se prend chiffres à l’appui, pas par principe.
Un point commun : une logistique centrale et mature
Chacun de ces modèles repose sur une logistique solide. Cela passe par l’optimisation des flux, des outils capables de compiler les données nécessaires, la coordination entre parties prenantes, la gestion des retours, et une capacité à répondre à une demande fluctuante, donc à la modéliser.
Alors, la logistique est-elle devenue la star des économies alternatives ? Pas une star, plutôt la condition. Un modèle circulaire ou collaboratif peut être brillant sur le papier : si personne ne sait ramener le produit, le laver ou le livrer au bon moment, il reste une intention. Les objectifs européens de réemploi de 2030 vont en faire une obligation pour beaucoup d’entreprises. Pour aller plus loin sur l’impact environnemental, lisez nos articles sur la logistique verte et sur la décarbonation des opérations logistiques.
Questions fréquentes sur la logistique des économies alternatives
Quel est le rôle de la logistique dans l’économie circulaire ?
Elle organise la collecte, le tri, le reconditionnement et la remise en circulation des produits et des emballages. Sans logistique inverse, un produit en fin de vie ne revient pas dans la boucle.
Qu’est-ce que la logistique inverse ?
C’est l’organisation des flux qui vont du client vers l’entreprise : retours, reprises, consignes, produits à réparer ou à recycler. Elle se distingue de la logistique aller par des volumes irréguliers et des produits dont l’état n’est connu qu’à l’arrivée.
Qu’est-ce qu’un circuit court ?
Selon le ministère de l’Agriculture, c’est une vente directe du producteur au consommateur, ou une vente indirecte avec un seul intermédiaire. La définition ne fixe aucune distance.
Quelle différence entre circuit court et circuit local ?
Le circuit court se définit par le nombre d’intermédiaires, un au plus. Le circuit local se définit par la distance entre production et consommation. Un produit peut être vendu en circuit court sans être local, et inversement.
Que change le règlement européen sur les emballages pour les entrepôts ?
Le règlement (UE) 2025/40 s’applique depuis le 12 août 2026. À partir de 2030, il fixe des objectifs de réemploi. Ils portent notamment sur les palettes (40 %), les caisses de transport hors carton (10 %) et les emballages de livraison e-commerce (10 %). Les emballages de transport utilisés au sein d’une même entreprise ou d’un même pays devront être réemployables à 100 %.
Qu’est-ce que l’économie de la fonctionnalité ?
C’est un modèle où l’entreprise vend l’usage d’un bien plutôt que le bien lui-même : location, abonnement, service. Elle reste propriétaire de l’objet et doit donc organiser sa livraison, sa reprise, sa maintenance et sa remise en circulation.




