Le Grand port maritime de la Martinique
a traité 3,26 millions de tonnes en 2025, en hausse de 3 %, et 184 705 conteneurs équivalent vingt pieds, en recul de 2 %. Il combine sur un même périmètre trois activités qui n’ont presque rien en commun.
La première est l’approvisionnement d’un territoire insulaire dont la quasi-totalité des biens de consommation arrive par la mer, en conteneurs. La deuxième est l’export d’une filière agricole unique, la banane. La troisième est la croisière, saisonnière et massive, qui mobilise des quais et un personnel pendant quelques mois puis relâche entièrement la pression le reste de l’année. Chacune impose ses cadences et ses contraintes propres.
Le chiffre vient du port lui-même. En 2023, sa note annuelle de trafic recensait 71 654 conteneurs vides sur 187 252 manutentionnés, soit 38 %. Deux ans plus tard, le rapport tient toujours : 68 790 vides sur 184 705, soit 37 %.
C’est la traduction arithmétique exacte d’une économie insulaire qui importe l’essentiel de ce qu’elle consomme et n’exporte presque rien de pondéreux en retour, situation que partagent la plupart des territoires ultramarins français. Les importations représentaient 70 % du trafic en 2023, avec 2,333 millions de tonnes entrantes contre 979 642 tonnes à l’export.
La banane, filière emblématique, ne comble qu’une partie du déficit de fret retour. Elle a représenté 14 151 EVP à l’export en 2025, en progression de 6 % après un creux, soit environ un cinquième du volume de boîtes vides réexpédiées. Le calcul est le nôtre, mais les deux termes sont publiés.
3,26 M Tonnes traitées en 2025 | 184 705 Conteneurs EVP en 2025 | 14 151 EVP de bananes à l’export | 477 202 Croisiéristes en 2025 |
Distinguer les croisiéristes des mouvements de passagers, souvent confondus dans la presse. Les 477 202 croisiéristes de 2025 sont des personnes, les 635 213 passagers tous trafics confondus comptent des mouvements. Les publications statistiques du port en ligne s’arrêtent par ailleurs à l’exercice 2023.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Raison sociale | Grand port maritime de la Martinique, sigle GPMLM, SIREN 789 433 661, établissement public national à caractère industriel et commercial doté d’un comptable public, code NAF 52.22Z |
| Siège | Quai de l’Hydrobase, 97200 Fort-de-France. Adresse postale Quai de l’Hydrobase, BP 782, 97244 Fort-de-France Cedex. Un seul établissement |
| Création | Créé le 1er janvier 2013, en application de la loi du 22 février 2012 portant réforme des ports d’outre-mer |
| Effectif | 100 à 199 salariés, tranche SIRENE au millésime 2023 |
| Direction | Bruno Mencé, président du directoire, nommé par décret du 3 juillet 2024. Le poste a fait l’objet d’un avis de vacance en 2026 : la situation est à vérifier avant tout contact nominatif |
| Trafic 2025 | 3,26 Mt, en hausse de 3 %, après 3,18 Mt en 2024 et 3,313 Mt en 2023 |
| Conteneurs | 184 705 EVP en 2025, en recul de 2 %. La capacité du terminal est de 250 000 EVP, à ne pas confondre avec le trafic réalisé |
| Conteneurs vides | 68 790 EVP en 2025, soit 37 % du trafic. En 2023, la note de trafic du port relevait 71 654 vides sur 187 252, soit 38 % |
| Déséquilibre des flux | Les importations représentaient 70 % du trafic en 2023, avec 2,333 Mt entrantes contre 979 642 tonnes exportées |
| Filière banane | 14 151 EVP exportés en 2025, en hausse de 6 %, après environ 12 500 EVP en 2024 et 13 061 EVP en 2023. Le port ne publie cette filière qu’en conteneurs, jamais en tonnes |
| Croisière | 477 202 croisiéristes en 2025, en hausse de 20 %, sur 165 escales. Environ 399 000 en 2024 et 405 000 en 2023. Tous trafics confondus, 635 213 passagers |
| Terminal Pointe des Grives | 16 hectares, quai de 450 mètres, tirant d’eau de 14 mètres, trois portiques de 40 tonnes |
| Programme Hub Antilles | Environ 120 M EUR, dont de l’ordre de 70 M EUR pour les quais et 11 M EUR pour un réseau électrique intelligent. Le quai est porté à 600 mètres et le tirant d’eau à 14,50 mètres |
| Projet stratégique | Le document publié en ligne couvre la période 2020-2024, désormais close. Aucun projet stratégique postérieur n’est accessible publiquement |
Deux courbes s’écartent nettement depuis 2023, et il vaut la peine de les regarder côte à côte.
| Indicateur | 2023 | 2025 |
|---|---|---|
| Trafic total | 3,313 Mt | 3,26 Mt, en hausse de 3 % sur un an |
| Conteneurs | 187 252 EVP | 184 705 EVP, en recul de 2 % sur un an |
| Conteneurs vides | 71 654 EVP, soit 38 % | 68 790 EVP, soit 37 % |
| Banane à l’export | 13 061 EVP | 14 151 EVP, en hausse de 6 % |
| Croisiéristes | Environ 405 000 | 477 202, en hausse de 20 % |
En deux exercices, le port a gagné plus de soixante-dix mille croisiéristes et perdu des conteneurs. Le terminal marchandises fonctionne par ailleurs à 184 705 EVP pour une capacité de 250 000 : la contrainte n’est pas capacitaire.
Importateurs et distributeurs approvisionnant la Martinique, dont l’essentiel des besoins alimentaires, industriels et de grande consommation arrive par ce seul quai, sans aucune alternative terrestre ni portuaire de repli.
Opérateurs de la filière banane. C’est la seule production exportée en volume conteneurisé significatif.
Armateurs et compagnies de croisière, sur un segment en croissance de vingt pour cent.
Chargeurs cherchant du fret retour.
Livrer un marché insulaire dont plus des deux tiers du trafic portuaire relèvent de l’importation.
Expédier des produits sous température dirigée, la filière banane ayant structuré l’équipement du terminal en prises frigorifiques et en circuits de manutention adaptés aux denrées périssables sur longue traversée.
Programmer une escale de croisière. Le terminal a traité cent soixante-cinq touchées en 2025.
Profiter de capacités disponibles.
Trente-sept pour cent de conteneurs vides au retour, cela veut dire qu’un armateur amortit un aller-retour complet sur un seul sens chargé, et qu’il facture donc à l’import ce qu’il ne peut pas facturer à l’export. Ce coût se retrouve intégralement dans le taux, et il constitue l’un des facteurs mécaniques du niveau des prix dans l’île. Ce n’est pas négociable au coup par coup.
L’inverse est vrai et mérite d’être exploité par tout chargeur qui a du volume sortant. Un exportateur martiniquais trouve presque toujours de la capacité disponible au départ, et souvent à des conditions bien plus favorables que la symétrie ne le laisserait supposer. C’est une donnée de compétitivité rarement mise en avant dans les études de faisabilité de projets industriels locaux.
La banane illustre le potentiel autant que la limite. Quatorze mille cent cinquante et un EVP exportés en 2025 représentent une filière significative, bien organisée et dotée de ses propres circuits commerciaux en métropole, mais qui ne remplit qu’environ un cinquième des boîtes repartant à vide chaque année. L’espace existe donc pour d’autres productions. Le calcul se fait à conteneur près.
Une réserve de méthode s’impose enfin. Les publications statistiques en ligne du port s’arrêtent à 2023 et son projet stratégique couvre une période close en 2024. Les chiffres 2024 et 2025 utilisés ici viennent de sources de presse et d’organismes tiers, ce qui suppose de les faire confirmer par le port avant d’en tirer une décision d’investissement.
Un trafic en croissance. Trois virgule vingt-six millions de tonnes en 2025, en hausse de trois pour cent, dans un contexte antillais globalement stable où le port voisin de Guadeloupe progresse de deux pour cent seulement.
Une croisière en forte progression. Quatre cent soixante-dix-sept mille deux cent deux croisiéristes en 2025, soit vingt pour cent de plus qu’en 2024 et plus de soixante-dix mille de plus qu’en 2023.
Une filière banane qui redémarre. Quatorze mille cent cinquante et un EVP exportés en 2025, en hausse de six pour cent après deux exercices de repli.
Un terminal moderne et non saturé. Seize hectares, quatre cent cinquante mètres de quai, quatorze mètres de tirant d’eau et trois portiques, pour un trafic très inférieur à la capacité installée.
Un programme d’investissement engagé. Le Hub Antilles, environ cent vingt millions d’euros, porte le quai à six cents mètres et le tirant d’eau à quatorze mètres cinquante.
Une opportunité de fret retour. Plus d’un tiers des conteneurs repartent vides, ce qui rend la capacité au départ des Antilles à la fois réelle et rarement chère : pour tout porteur de projet d’exportation locale, c’est un avantage de compétitivité qui n’apparaît dans aucune brochure et qui se vérifie pourtant à chaque cotation.