Port Boulogne Calais

Port Boulogne Calais, un camion sur deux du détroit

Port Boulogne Calais
est le nom commercial de la Société d’exploitation des ports du détroit, la SEPD, qui exploite les ports de Calais et de Boulogne-sur-Mer pour le compte de la Région Hauts-de-France. L’ensemble a traité 43 millions de tonnes en 2025, en recul de 2 %, dont 40 millions au titre du transmanche.

Le chiffre qui compte n’est pourtant pas celui-là. C’est 1 714 187 poids lourds passés par Calais en 2025, en baisse de 3,6 %, sur un marché du détroit qui recule plus vite que le port lui-même.

Le seul acteur du détroit qui gagne des parts sur un marché en repli

La SEPD a franchi en 2025 la barre des 50,3 % de part de marché sur le fret poids lourds du détroit, en léger repli de 0,3 point sur un an mais très au-dessus de sa position d’il y a sept ans. Le port résume cela d’un prudent plus d’un camion sur deux. La formule est modeste au regard de ce qu’elle recouvre.

Depuis 2018, le fret transmanche a chuté d’environ 20 % sur l’ensemble du détroit. Calais, lui, n’a perdu que 6,5 %. L’écart n’est pas un effet de conjoncture, c’est une conquête post-Brexit sur le concurrent ferroviaire, gagnée au moment précis où le marché se contractait.

La direction du port ne cache d’ailleurs pas son scepticisme sur une reprise du fret. Elle avance trois raisons, toutes documentées : la désindustrialisation britannique, illustrée par la fermeture du site Stellantis de Luton, le mécanisme européen d’échange de quotas carbone qui redirige une partie des flux vers l’Europe du Nord, et une surcapacité installée sur la ligne Calais-Douvres.

Chiffres clés

1 714 187
Poids lourds transmanche en 2025
50,3 %
Du fret poids lourds du détroit
43 M
Tonnes traitées en 2025
380 000
Tonnes de produits de la mer à Capécure

Attention à un chiffre erroné qui circule largement : celui de quatre millions de camions par an. Il porte sur l’ensemble du détroit toutes voies confondues, et il contredit d’un facteur supérieur à deux les données publiées par le port lui-même.

Données de l’entreprise

IndicateurValeur
Raison socialeSociété d’exploitation des ports du détroit, nom commercial Port Boulogne Calais, SIREN 804 834 711, société anonyme à conseil d’administration au capital de 15 M EUR, code NAF 52.22Z
Siège285 avenue du Mérite Maritime, 62100 Calais, dans le Pas-de-Calais. Adresse postale CS 90283, 62105 Calais Cedex. Quatre établissements enregistrés, dont trois ouverts
CréationSociété constituée le 1er septembre 2014. L’établissement du siège actuel a ouvert le 20 octobre 2021, date de mise en service de Calais Port 2015
Effectif500 à 999 salariés, tranche SIRENE au millésime 2023. Aucune source publique ne donne d’effectif précis. Catégorie entreprise de taille intermédiaire
DirectionFrançois Lavallée, président du conseil d’administration. Laurent Devulder, directeur général
Comptes 2024156 137 782 EUR de chiffre d’affaires et 14 350 772 EUR de résultat net
ConcessionDélégation de service public accordée par la Région Hauts-de-France pour cinquante ans, de 2015 à 2065. Le capital est détenu à hauteur d’environ trois quarts par la CCI du littoral Hauts-de-France
Trafic 202543 Mt au total, en recul de 2 %, dont 40 Mt de transmanche, en baisse de 4,7 %. Pour mémoire, 44,5 Mt en 2024
Fret routier1 714 187 poids lourds en 2025, en baisse de 3,6 %, pour 50,3 % de part de marché sur le fret du détroit, en repli de 0,3 point
Passagers7,6 millions de passagers en 2024, en hausse de 4 %, et 1,4 million de véhicules de tourisme. Aucun chiffre 2025 publié à ce jour
Autocars et ferroutage68 000 autocars en 2024, soit trois autocars sur quatre du détroit. 46 000 unités de ferroutage, soit environ un tiers du fret des autoroutes ferroviaires françaises
Boulogne, pêche et transformationCriée à 32 500 tonnes et environ 92 M EUR en 2025, après 33 095 tonnes et 93 M EUR en 2024. 380 000 tonnes de produits de la mer transformées par an sur la zone de Capécure, pour environ 5 000 emplois directs
Calais Port 2015863 M EUR bouclés le 13 juillet 2015 : 89 M EUR de fonds propres, 504 M EUR d’obligations à quarante ans souscrites par AllianzGI avec rehaussement de la Banque européenne d’investissement, et 270 M EUR de subventions publiques. Mise en service en 2021
RôleLa SEPD exploite et porte le risque de trafic. La Société des ports du détroit, détenue à 80 % par CDC Infrastructure et Meridiam, a porté la construction et le financement, et perçoit un loyer de disponibilité depuis janvier 2021

Deux ports, deux métiers qui n’ont rien en commun

La SEPD exploite un ensemble étrange : deux ports voisins de vingt-cinq kilomètres dont les activités ne se recoupent pratiquement pas. Calais fait passer des camions, Boulogne transforme du poisson.

SiteActivité dominanteVolumes de référence
CalaisTransmanche roulier, fret et passagers1 714 187 poids lourds et 40 Mt en 2025, 7,6 millions de passagers en 2024
CalaisAutocars et ferroutage68 000 autocars et 46 000 unités de ferroutage en 2024
Boulogne-sur-MerPêche et criée32 500 tonnes et environ 92 M EUR en 2025
Boulogne-sur-Mer, zone de CapécureTransformation des produits de la mer380 000 tonnes par an et environ 5 000 emplois directs

Le titre de premier port de pêche français attribué à Boulogne est contesté par Lorient selon le critère retenu, et aucun organisme officiel ne publie de classement faisant foi. Mieux vaut préciser le critère que trancher.

  • Ne pas confondre SEPD et SPD : la Société des ports du détroit, distincte, a porté les 863 M EUR de Calais Port 2015 et le risque de construction. Écrire que la SEPD a investi cette somme serait faux.
  • Ni avec la CCI, ni avec la Région : la CCI du littoral Hauts-de-France est actionnaire majoritaire mais pas exploitant, la Région est concédante et propriétaire.
  • Ni avec le tunnel : Getlink exploite la liaison ferroviaire sous la Manche et constitue le concurrent direct contre lequel se calculent précisément les 50,3 % de part de marché.
  • Le premier centre européen de transformation : Capécure traite 380 000 tonnes de produits de la mer par an, bien au-delà des seuls apports de la criée boulonnaise.
  • Un tiers du ferroutage français : 46 000 unités traitées en 2024, sur un segment que la politique publique cherche précisément à développer.

Calais ou Boulogne, pour quels flux ?

Pour qui ?

Transporteurs routiers et commissionnaires opérant vers le Royaume-Uni et l’Irlande, cœur historique de l’activité calaisienne.

Chargeurs sous température dirigée, très présents sur le transmanche comme sur la filière halieutique boulonnaise.

Industriels et distributeurs de la filière produits de la mer, qui trouvent à Capécure un écosystème sans équivalent en Europe.

Opérateurs d’autoroutes ferroviaires, Calais concentrant environ un tiers du ferroutage français.

Pour quoi faire ?

Faire traverser un semi-remorque accompagné ou non accompagné vers Douvres, sur des rotations très fréquentes.

Basculer un flux transmanche du tunnel vers le ferry, ou l’inverse, en arbitrant sur le coût et sur la fenêtre horaire.

Traiter des formalités douanières post-Brexit sur un poste frontalier dimensionné pour le volume.

Approvisionner ou expédier depuis le premier centre européen de transformation des produits de la mer.

Ce que dit la prudence affichée par le port

Il est rare qu’une direction portuaire exprime publiquement des doutes sur son propre marché. Celle de la SEPD le fait, et l’argumentaire mérite d’être entendu par tout chargeur qui construit un plan de transport transmanche à trois ans.

Le premier facteur est industriel. La base manufacturière britannique se contracte, et chaque fermeture d’usine outre-Manche retire durablement des remorques du détroit. Le second est réglementaire : l’extension du marché carbone européen au transport maritime modifie l’équation économique de certaines liaisons et pousse une part des flux vers les ports du range nord. Le troisième est capacitaire, avec une offre de traversées supérieure à la demande sur Calais-Douvres.

Aucun de ces trois facteurs n’est réversible à court terme. Cela ne condamne pas le détroit, qui reste de très loin le premier point de passage de marchandises entre la France et le Royaume-Uni, mais cela déplace la question : le sujet n’est plus la croissance du marché, il est la part que chacun y prend.

Sur ce terrain, la SEPD a l’avantage. Perdre 6,5 % quand le marché perd 20 % en sept ans est une performance, et c’est précisément ce qui l’a portée au-dessus de la moitié du fret du détroit.

Les points forts de Port Boulogne Calais

Plus d’un camion sur deux du détroit. Cinquante virgule trois pour cent de part de marché sur le fret poids lourds en 2025, seuil symbolique franchi face au tunnel sous la Manche.

Une résistance nette au repli du marché. Depuis 2018, le fret transmanche a reculé d’environ vingt pour cent sur le détroit, quand Calais n’a perdu que six virgule cinq pour cent.

Un outil neuf. Calais Port 2015, huit cent soixante-trois millions d’euros bouclés en 2015 et mis en service en 2021, avec un financement obligataire à quarante ans qui sécurise l’infrastructure sur toute sa durée d’exploitation.

Une visibilité contractuelle de long terme. Une délégation de service public régionale courant jusqu’en 2065, qui donne au port un horizon d’investissement dont peu d’opérateurs disposent.

Le premier centre européen de transformation des produits de la mer. Trois cent quatre-vingt mille tonnes traitées chaque année à Capécure, pour environ cinq mille emplois directs.

Une place réelle sur le report modal. Quarante-six mille unités de ferroutage en 2024, soit près d’un tiers du fret des autoroutes ferroviaires françaises, et soixante-huit mille autocars.