Bordeaux Port Atlantique
est l’enseigne du Grand port maritime de Bordeaux. Il a traité 6,18 millions de tonnes en 2025, en recul de 1,4 %, pour 1 706 mouvements de navires, en baisse de 3,7 %. C’est le plus atypique des grands ports maritimes français.
Sa particularité n’est pas commerciale, elle est géographique. Bordeaux n’est pas un port. C’est un chapelet de sept terminaux répartis le long de l’estuaire de la Gironde, du Verdon situé à l’embouchure jusqu’à Bordeaux centre, en passant par Pauillac, Blaye, Ambès, Bassens et Parempuyre, chacun ayant sa vocation propre et ses contraintes d’accès nautique distinctes.
Un navire à destination de Bassens doit remonter environ cent trente kilomètres de chenal depuis la passe d’entrée, située à une trentaine de kilomètres au large. La durée moyenne de ce chenalage est de six heures. Aucun autre grand port français n’impose cela.
Le détail est plus subtil encore, et il surprend souvent : les tirants d’eau admissibles ne sont pas les mêmes selon que le navire remonte l’estuaire ou qu’il le redescende, alors même que le chenal est évidemment le même dans les deux sens. À coefficient de marée 40, un navire peut se présenter à Bassens avec 10,30 mètres en montée, mais ne peut repartir qu’avec 10,00 mètres. À Ambès, l’écart est identique, de 10,40 à 10,20 mètres. Trente centimètres. La raison tient à l’onde de marée : le navire chenale avec elle en remontant, contre elle sur une partie du trajet retour.
Ces cotes proviennent d’une étude d’Artelia conduite pour le SMIDDEST et publiée en février 2016, co-construite avec le service dragage du port. Elles donnent le mécanisme et l’ordre de grandeur, elles ne constituent pas une table de tirants d’eau en vigueur : celle-ci se demande à la capitainerie.
6,18 M Tonnes traitées en 2025 | 1 706 Mouvements de navires en 2025 | 130 km De chenal, soit six heures | 19 285 Conteneurs EVP en 2025 |
Trafics de l’exercice 2025, communiqué du port du 5 février 2026. Le chiffre de 8,5 Mt qui circule encore est une moyenne annuelle portant sur la période 2000-2013, pas un volume actuel.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Raison sociale | Grand port maritime de Bordeaux, enseigne Bordeaux Port Atlantique, SIREN 781 804 141, établissement public à caractère industriel et commercial doté d’un comptable public, code NAF 52.22Z |
| Siège | 152 quai de Bacalan, 33300 Bordeaux, en Gironde. Adresse postale CS 41320, 33082 Bordeaux Cedex. Deux établissements enregistrés, dont un ouvert |
| Statut actuel | Grand port maritime depuis la réforme portuaire de 2008. La dénomination de port autonome de Bordeaux, encore employée en presse, est l’appellation antérieure |
| Effectif | 250 à 499 salariés, tranche SIRENE au millésime 2023. Le port déclare 366 agents employés directement |
| Direction | Ivan Martin, président du directoire. Philippe Renier et Renaud Picard, membres du directoire. Commissaires aux comptes Baker Tilly Strego et SOMA Audit |
| Trafic 2025 | 6,18 Mt, en recul de 1,4 %, pour 1 706 mouvements de navires, en baisse de 3,7 % |
| Conteneurs | 19 285 EVP en 2025, en baisse de 12 %, après 21 865 EVP en 2024 et 24 359 EVP en 2023. Trois exercices consécutifs de recul |
| Terminaux | Sept sites répartis sur l’estuaire de la Gironde : Le Verdon, Pauillac, Blaye, Ambès, Bassens, Parempuyre et Bordeaux centre |
| Accès nautique | Environ 130 kilomètres de chenal depuis la passe d’entrée, six heures de chenalage moyen vers Bassens. Tirant d’eau de 8 mètres à Bordeaux centre |
| Dragage d’entretien | 8,7 millions de mètres cubes dragués et clapés en moyenne annuelle sur la période 2000-2013, selon l’étude Artelia pour le SMIDDEST de février 2016 |
| Trafic historique | 8,5 Mt par an en moyenne sur 2000-2013, à comparer aux 6,18 Mt de 2025, soit un repli de l’ordre de 27 % en une quinzaine d’années |
| Place portuaire | 8 620 emplois, 232 entreprises et 892 M EUR de richesse produite, étude INSEE conduite avec le port sur données de fin 2022 |
| Projet stratégique | Plan 2026-2030 adopté à l’unanimité le 27 janvier 2026, articulé autour de trois piliers : port de commerce, port aménageur et port prestataire de services |
| Rôle | Établissement public de l’État, doté d’un directoire et d’un conseil de surveillance. À ne pas confondre avec Bordeaux Métropole, qui n’exerce aucune tutelle sur lui |
Le terminal à conteneurs de Bassens affiche une capacité de l’ordre de 80 000 EVP par an. Il en a traité 19 285 en 2025. Le taux d’utilisation ressort donc autour de 24 %, et la trajectoire est descendante depuis trois exercices consécutifs sans qu’aucun signe de retournement n’apparaisse dans les chiffres publiés par le port.
L’explication tient en une phrase. La boîte n’attend pas la marée. Un armateur qui arbitre entre plusieurs escales compare des rotations, et six heures de chenalage à l’aller, autant au retour, plus une fenêtre de marée à respecter, représentent au bas mot une journée de navire perdue à chaque touchée. Sur un vrac dont le coût de transport se compte à la tonne et dont le délai est peu contraignant, ce péage physique se digère. Sur un conteneur inséré dans un service hebdomadaire, non.
Le triptyque de 8 620 emplois, 232 entreprises et 892 M EUR circule très largement sans millésime. Il porte sur des données de fin 2022 et doit toujours être daté.
Filières vracs du Sud-Ouest, céréales, engrais, produits pétroliers et matériaux de construction.
Industriels implantés sur l’estuaire, notamment sur la presqu’île d’Ambès et à Bassens, qui disposent d’un accès quai direct.
Chargeurs de colis lourds et de l’aéronautique régionale, pour qui la proximité vaut plus que la vitesse d’escale.
Porteurs de projets d’implantation cherchant du foncier portuaire aménagé dans un environnement métropolitain.
Réceptionner ou expédier un vrac au plus près du bassin de consommation aquitain, sans post-acheminement routier longue distance.
Utiliser un terminal spécialisé plutôt qu’un quai généraliste, les sept sites de l’estuaire ayant chacun sa vocation.
Traiter un colis exceptionnel dans un port habitué aux charges hors gabarit.
Implanter une activité industrielle bord à quai sur un domaine portuaire étendu et proche d’une métropole.
La géographie de Bordeaux se traduit en contraintes très concrètes pour un chargeur. La fenêtre d’escale n’est pas libre : elle dépend du coefficient de marée, et un retard de quelques heures peut décaler une touchée d’un cycle entier.
Le choix du terminal devient dès lors un arbitrage à part entière. Descendre vers Le Verdon rapproche du large et allège la contrainte nautique, mais éloigne de la métropole et rallonge le post-acheminement terrestre. Remonter jusqu’à Bassens ou Bordeaux fait l’inverse. Il n’existe pas de bonne réponse générale, seulement une bonne réponse par flux.
Le tirant d’eau demande la même attention. Le fait qu’un navire puisse entrer avec trente centimètres de plus qu’il ne pourra ressortir change la façon de calculer un chargement retour, et c’est le genre de détail qui ne se découvre pas en cours d’exploitation.
Une réserve pour finir. Les cotes citées ici datent de 2016 et l’étude qui les porte précisait déjà que les profondeurs de l’arrêté alors en vigueur n’étaient pas toujours tenues. Elles servent à comprendre le mécanisme, pas à planifier une escale : les valeurs opérationnelles se demandent à la capitainerie.
Sept terminaux spécialisés au lieu d’un site unique. Du Verdon à Bordeaux centre, l’éclatement sur l’estuaire permet de placer chaque marchandise au plus près de son marché ou de son usine.
Une position de tête sur le Sud-Ouest. Aucun autre grand port maritime ne dessert directement l’Aquitaine, ce qui évite plusieurs centaines de kilomètres de post-acheminement routier.
Un domaine portuaire étendu et disponible. Le port revendique un rôle d’aménageur dans son projet stratégique 2026-2030, adopté à l’unanimité le 27 janvier 2026.
Un savoir-faire nautique rare. Maintenir cent trente kilomètres de chenal dans un estuaire à fort marnage suppose une compétence de dragage et de pilotage que peu de ports européens entretiennent.
Un poids économique régional solide. Huit mille six cent vingt emplois et deux cent trente-deux entreprises sur le domaine, pour huit cent quatre-vingt-douze millions d’euros de richesse produite, sur données de fin 2022.
Des capacités disponibles. Un terminal conteneurs employé au quart de sa capacité est une faiblesse commerciale, c’est aussi une réserve immédiatement mobilisable pour un chargeur qui cherche de la place.