Quand un article de presse annonce que le transport et la logistique emploient huit cent onze mille personnes en France, le chiffre vient d’un seul endroit. Il vient du rapport annuel de l’Observatoire prospectif des métiers et des qualifications dans les transports et la logistique, dont l’AFT assure le secrétariat et la production.
L’AFT est une association créée en 1957 par l’Union des fédérations du transport. Elle emploie entre deux cents et deux cent quarante-neuf salariés. Elle n’est pas un organisme de formation, contrairement à une confusion très répandue que la suite de cette fiche va lever.
C’est le fait que l’AFT ne met jamais en avant et qui fonde pourtant toute sa légitimité. L’enquête annuelle conduite par ses délégations régionales existe sans interruption depuis 1990, et cette information est enfouie dans une note de méthodologie.
L’édition 2025 a exploité 1 972 questionnaires portant sur 83 798 salariés, soit une couverture de 4,8 % des établissements et de 10,3 % des salariés de la branche, ce qui revient à dire que plus d’un salarié du transport sur dix figure directement dans l’échantillon. Ce sont des taux de couverture, pas des taux de réponse. La nuance compte, et l’observatoire ne publie pas les seconds.
La qualité de la prévision se vérifie facilement. Pour 2024, l’OPTL avait annoncé 810 847 salariés, le définitif s’établit à 811 169, soit un écart de quatre centièmes de pour cent.
811 169 Salariés de la branche au 31 décembre 2024 | 41 345 Établissements employeurs | 40 % Des salariés ont plus de 50 ans | 1990 Début de la série statistique |
Règle de lecture indispensable : le rapport publié une année porte sur l’exercice précédent. Le rapport 2025 décrit la situation au 31 décembre 2024, seules les prévisions de recrutement portent sur 2025.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Raison sociale | Association pour le développement de la formation professionnelle dans le transport, sigle AFT, SIREN 775 692 015, association déclarée relevant de l’économie sociale et solidaire, code NAF 85.60Z |
| Siège | 82 rue Cardinet, 75017 Paris. Soixante-cinq établissements enregistrés, dont cinquante-cinq ouverts |
| Création | 1957, à l’initiative de l’Union des fédérations du transport |
| Effectif | 200 à 249 salariés, tranche SIRENE au millésime 2023 |
| Nature de l’OPTL | L’observatoire n’est pas une personne morale et n’a pas de SIREN. C’est un organe paritaire créé par accord national du 25 novembre 2004, placé sous l’égide de la commission paritaire nationale de l’emploi et de la formation professionnelle et hébergé par OPCO Mobilités à Boulogne-Billancourt |
| Composition paritaire | Quatre organisations patronales, FNTR, TLF, OTRE et CNM, et cinq organisations syndicales, FGTE-CFDT, FNST-CGT, FO-UNCP, CFE-CGC et FGT-CFTC. Présidence paritaire assurée par Bruno Lefebvre et Michel Chalot |
| Emploi de la branche | 811 169 salariés au 31 décembre 2024, en hausse de 0,6 % soit 5 066 postes, pour 41 345 établissements employeurs en recul de 0,8 %, deuxième année de baisse consécutive |
| Familles de métiers | Conduite 501 049 salariés, soit 61,8 % de la branche, en recul de 2,1 %. Logistique et manutention 125 326 salariés, en hausse de 8,2 % |
| Par secteur | Le transport routier de marchandises, 52,3 % de la branche, est exactement stable à 0,0 %. Les prestataires logistiques progressent de 4,6 %, le déménagement recule de 8,3 % |
| Pyramide des âges | 40 % des salariés ont plus de 50 ans, pour un âge moyen de 44 ans et 8 mois. Dans le transport de voyageurs, 65 % des conducteurs dépassent 50 ans |
| Taux de relève | 0,35, c’est-à-dire que les plus de 50 ans sont près de trois fois plus nombreux que les moins de 30 ans. Ce ratio est inférieur à 1 dans tous les secteurs sauf chez les prestataires logistiques |
| Féminisation | 20,4 % de femmes, soit environ 165 500 salariées, en progression d’un point. La part tombe à 12,5 % dans le transport routier de marchandises et atteint 30 % chez les auxiliaires de transport, en hausse de 3,4 points |
| Recrutements | 58 785 recrutements prévus pour 2025, en recul de 4 %, dont 49 % en conduite de marchandises. 34 % des établissements déclarent des difficultés de recrutement, soit sept points de plus qu’un an auparavant |
| Enquête | Série continue depuis 1990. Édition 2025 : 1 972 questionnaires portant sur 83 798 salariés, soit 4,8 % des établissements et 10,3 % des salariés de la branche |
La confusion vient d’une histoire commune et d’une séparation récente. En 1989, l’AFT s’était alliée à l’IFTIM pour former le groupe AFT-IFTIM. Au 1er janvier 2015, ce groupe a été scindé en deux associations distinctes.
AFTRAL a repris la formation continue, les écoles et les centres de formation d’apprentis. L’AFT a conservé le développement et l’observation. Ce ne sont pas une maison mère et sa filiale, ce sont deux entités soeurs issues d’une même scission, et le contraste de taille est saisissant.
| Critère | AFT | AFTRAL |
|---|---|---|
| SIREN | 775 692 015 | 305 405 045 |
| Métier | Développement de la formation et observation de la branche | Formation continue, écoles et apprentissage |
| Code NAF | 85.60Z, soutien à l’enseignement | 85.59A, formation continue d’adultes |
| Établissements | 65 enregistrés, 55 ouverts | 347 |
| Effectif | 200 à 249 salariés | 2 000 à 4 999 salariés |
Ne pas confondre non plus avec Promotrans, qui est un concurrent d’AFTRAL sur la formation et un simple contributeur de données à l’OPTL, ni avec l’ISTELI, qui est une école d’AFTRAL.
Directions des ressources humaines du transport et de la logistique, pour situer leurs pratiques dans la branche.
Fédérations professionnelles et partenaires sociaux, qui négocient sur la base de ces chiffres.
Collectivités et acteurs de l’emploi construisant une politique de formation ou d’attractivité territoriale.
Journalistes, consultants et cabinets d’études cherchant la source primaire des chiffres d’emploi de la filière.
Chiffrer un besoin de recrutement en le comparant aux volumes de la branche.
Anticiper un mur de départs à la retraite, dans un secteur où quatre salariés sur dix dépassent cinquante ans.
Situer sa politique de féminisation face aux 20,4 % de la branche et aux 12,5 % du transport de marchandises.
Documenter un dossier de financement ou une étude de marché avec une source paritaire reconnue.
Le chiffre le plus lourd de conséquences n’est ni le total des effectifs ni le volume de recrutements. C’est le taux de relève, à 0,35 : pour un salarié de moins de trente ans, la branche en compte près de trois de plus de cinquante ans.
Ce ratio est inférieur à un dans tous les secteurs de la branche, à une seule exception, les prestataires logistiques. C’est précisément le segment qui progresse de 4,6 % en 2024 pendant que la conduite recule de 2,1 %. L’entrepôt attire les jeunes actifs. La cabine beaucoup moins.
Pour un employeur, le raisonnement est direct. Sur un métier de conduite, le vivier de remplacement n’existe pas mécaniquement : il faut le former, l’attirer et le retenir, sachant qu’un permis poids lourd et une formation initiale minimale obligatoire représentent un investissement sans commune mesure avec le coût d’un recrutement en préparation de commandes.
Une précision de méthode, parce qu’elle circule mal. Multiplier les 40 % de plus de cinquante ans par les 811 169 salariés donne un ordre de grandeur de départs potentiels, mais cette projection n’est pas publiée par l’observatoire et ne doit pas lui être attribuée. Elle vaut comme raisonnement, pas comme donnée.
Une série de trente-cinq ans. L’enquête annuelle des délégations régionales court sans interruption depuis 1990, ce que très peu d’observatoires de branche peuvent revendiquer en France.
Une couverture réelle et large. Mille neuf cent soixante-douze questionnaires en 2025 portant sur quatre-vingt-trois mille sept cent quatre-vingt-dix-huit salariés, soit plus d’un salarié de la branche sur dix.
Une précision de prévision démontrable. L’estimation 2024 annonçait huit cent dix mille huit cent quarante-sept salariés, le définitif en donne huit cent onze mille cent soixante-neuf, soit quatre centièmes de pour cent d’écart.
Une légitimité paritaire. Quatre organisations patronales et cinq organisations syndicales siègent à l’observatoire, ce qui rend ses chiffres opposables dans une négociation de branche.
Une granularité utile. Les données sont disponibles par famille de métiers, par secteur, par région, par âge et par sexe, ce qui permet des comparaisons fines et non des moyennes nationales creuses.
Une transparence méthodologique. Le rapport signale lui-même la rupture de comparabilité induite par la rétropolation Urssaf, avertissement que beaucoup de producteurs de données omettent.