Un entrepôt n’est plus seulement un “outil de stockage” : c’est un centre de coûts énergétiques, un point sensible ESG (Environnemental, Social, Gouvernance), et souvent un marqueur d’image pour vos clients. Quel meilleur ambassadeur que votre entrepôt ? Il révèle instantanément l’entreprise.
Entre pression sur les marges, exigences RSE dans les appels d’offres et attentes internes (sécurité, QVCT), vous devez décider vite et avec le plus d’objectivité possible.
La bonne nouvelle : une démarche durable d’entrepôt se structure très concrètement autour de quelques axes techniques et mesurables : BILAN CARBONE, ÉNERGIE & CONSOMMATION, ÉCLAIRAGE, ÉNERGIE DES BATTERIES CHARIOTS, EMBALLAGES & DÉCHETS, et, si pertinent, CERTIFICATION BREEAM et référentiels type LABEL 6PL.
L’objectif de cet article est de vous donner un aperçu pragmatique d’une démarche ESG pour l’entrepôt.

Table des matières
Piloter l’énergie & l’ESG d’un entrepôt : les axes qui font vraiment la différence
Une démarche ESG efficace en entrepôt commence par une règle simple : vous pilotez ce que vous mesurez, et vous n’améliorez durablement que ce que vous standardisez. Les dirigeants obtiennent des résultats quand ils organisent l’ESG comme un sujet d’exploitation : des indicateurs (surtout pas trop), une routine de décision, et des arbitrages clairs entre CAPEX, OPEX et service client.
Les axes “qui comptent” se retrouvent presque toujours :
- Énergie & consommation (chauffage, process, froid, air comprimé, quais).
- Éclairage (sécurité + sobriété).
- Bilan carbone (y compris transport amont/aval).
- Énergie des batteries chariots (puissance appelée, disponibilité, sécurité).
- Emballages & déchets (coûts, conformité, image client).
Le contexte de site pèse aussi : un entrepôt à Gennevilliers (92230) ou autour de Roissy–CDG (95700) ne vit pas les mêmes contraintes qu’un site à Corbas (69960) ou près du Havre (76600). Vos priorités doivent coller à vos flux, vos volumes, vos pics et votre mix clients.
Cartographier vos flux et vos impacts (site, transport, fournisseurs)
Cartographier, c’est transformer un sujet “RSE” en sujet de direction : où part l’énergie, d’où viennent les émissions, et quels choix créent le plus d’effet ?
Commencez par une carte simple :
- Le bâtiment (chauffage/refroidissement, isolation, portes, quais).
- L’exploitation (mécanisation, charge batteries, informatique, éclairage).
- L’amont/aval (transport, emballages, déchets, sous-traitance).
Ajoutez une couche “territoire” : autour de l’A86 et de la Francilienne (N104), la congestion et la densité de livraisons impactent le dernier kilomètre ; sur l’axe A7 ou A10, la saisonnalité et les longues distances pèsent différemment.
Le livrable attendu est un tableau de bord exploitable (quelques indicateurs, des responsables, et des décisions associées).
Bilan carbone : la base de décision pour arbitrer vite et juste
Le bilan carbone est utile quand il sert à trancher, pas quand il sert à “rassurer”. Pour un entrepôt, il permet de comparer l’impact réel d’actions différentes : relamping vs. isolation, changement de charge batteries vs. nouveaux chariots, réduction d’emballages vs. impact casse/retours.
Pour vous, l’enjeu est double : éviter les fausses bonnes idées (effet d’annonce, faible impact réel) et sécuriser les décisions (coûts, continuité d’activité). Un bon bilan carbone connecte l’énergie du site à l’exploitation : combien d’énergie par commande, par palette, par heure d’activité, et comment cela évolue avec les pics.
Passer de la mesure au plan d’actions : prioriser sans se disperser
Le passage à l’action se joue sur la priorisation. Une méthode simple : 3 horizons.
Horizon | Délai | Nature des Actions |
H1 | 0–3 mois | Actions sans travaux lourds (réglages, consignes, détections, maintenance). |
H2 | 3–12 mois | Projets “ROI opérationnel” (éclairage LED intelligent, sous-comptage, optimisation recharge batteries, optimisation emballages). |
H3 | 12–36 mois | Transformations structurantes (rénovation énergétique, PV, certification BREEAM). |
Associez chaque action à une “preuve” (consommation avant/après, productivité). Mieux vaut 6 actions bien pilotées que 30 chantiers ouverts qui saturent le site.
Énergie & consommation : réduire les kWh sans ralentir la productivité
L’ÉNERGIE & CONSOMMATION en entrepôt se gagne souvent sur des fondamentaux : pertes thermiques, équipements mal réglés, puissance appelée inutile, et “angles morts” de comptage. L’énergie suit vos flux : pics de préparation, départs camion, ouvertures de portes, charge batteries.
Les leviers les plus robustes combinent bâtiment et exploitation :
- Améliorer l’étanchéité et les portes rapides aux quais.
- Adapter les consignes de chauffage par zone.
- Réduire les consommations “en permanence” (veille, éclairage hors occupation, compresseurs).
Sur des sites très sollicités (proches A1/A6/A13), la logistique “respire” au rythme des camions : c’est précisément là que le pilotage fin des portes et des quais crée des gains sans casser le service.
Contrats, comptage, pilotage : faire parler vos données au quotidien
Vous avez besoin de visibilité. Le premier pas est le sous-comptage (par zones ou postes : éclairage, charge batteries, froid, air comprimé) et une lecture régulière des courbes de charge pour identifier les consommations nocturnes anormales ou les pics au mauvais moment.
Ensuite, regardez votre contrat énergie : puissance souscrite, heures de fonctionnement, et cohérence avec vos plages d’activité. Un site près de Rungis peut avoir des départs très matinaux : si la charge batteries et le chauffage sont mal synchronisés, vous payez des pics… sans valeur ajoutée.
Équipez vos managers de rituels simples : un point mensuel énergie, un registre d’actions, et une “check-list exploitation” (portes, quais, consignes).
Éclairage : sécurité, qualité de travail et sobriété dans la même équation
L’ÉCLAIRAGE est un levier “premium” car il touche trois enjeux en même temps : sécurité (circulation), qualité (fatigue visuelle) et sobriété (consommation et maintenance). Un bon projet adapte la lumière aux usages : allées VNA, zones de picking fin, quais, zones de contrôle ont des besoins différents.
Les solutions LED + intelligence (détection de présence, gradation) permettent de réduire la consommation et la maintenance en hauteur (moins de risques, moins d’arrêts). Un éclairage bien zoné et bien piloté se voit immédiatement sur le terrain, ce qui facilite l’adhésion.
Mener un projet “LED + intelligence” sans perturber l’exploitation
Le succès se joue sur la préparation et le phasage.
1. Relevé des zones (hauteurs, circulations, obstacles, heures d’occupation) et validation “métier” (sécurité, qualité).
2. Phasage travaux compatible avec vos pics (soldes, saison agro, lancements e-commerce).
3. Intégrer l’intelligence utile : détection de présence, gradation, scénarios par horaires, zonage par activité.
4. Documenter : plan d’implantation, consignes, maintenance.

Pour mesurer tous les bénéfices d’un travail sur l’éclairage, un article complet détaille l’éclairage en entrepôt.
Énergie des batteries chariots : disponibilité, coûts, sécurité, durée de vie
L’ÉNERGIE DES BATTERIES CHARIOTS est un sujet de direction déguisé : il impacte la productivité (chariots disponibles), les coûts (énergie, batteries), et la sécurité (zones de charge, ventilation).
Le bon raisonnement est : “quel système est le plus robuste pour mon exploitation et mes pics ?”
Entre chariots frontaux, préparateurs, rétracts, et AGV/AMR, vous gérez un parc hétérogène. Les choix (plomb, lithium, opportunité de charge, standardisation) doivent coller à votre cadence.
Optimiser la recharge : lisser les pics et prolonger la durée de vie
Vous pouvez gagner sans tout changer, en travaillant l’organisation.
• Sécuriser la zone de charge : circulation, signalétique, procédures, ventilation.
• Piloter les horaires : la recharge concentrée au même moment crée des pics de puissance coûteux. Lisser, c’est aligner la charge sur vos creux d’activité.
• Travailler la discipline d’usage : niveau de charge cible, règles d’opportunité, maintenance.
Le résultat attendu n’est pas seulement énergétique : c’est une exploitation plus fluide, moins d’imprévus, et une meilleure prévisibilité.
Emballages & déchets : transformer une contrainte en levier client et opérationnel
Les EMBALLAGES & DÉCHETS sont un levier sous-estimé car ils touchent à la fois les coûts, l’empreinte environnementale, la qualité de service (casse, retours) et l’image client. La question n’est pas “trions-nous ?” mais “avons-nous une stratégie d’emballage cohérente ?”
Une logistique mature combine réduction à la source, réemploi (bacs, caisses, intercalaires), et valorisation efficace (tri propre, filières, traçabilité). La démarche doit être “qualité + environnement” : moins de casse, moins de retours, c’est aussi moins d’empreinte et plus de marge.
Toutes les composantes d’une logistique circulaire affûtée !
Structurer la boucle locale : tri, réemploi, traçabilité, prestataires
La clé est de construire une boucle opérationnelle, pas un “coin déchets”.
• Clarifier les familles : cartons, films, plastiques rigides, bois/palettes.
• Organiser les points de collecte au plus près des postes générateurs (réception, préparation), avec signalétique simple.
• Travailler avec les prestataires comme des partenaires de performance : fréquence d’enlèvement, qualité de tri attendue, traçabilité.
Certification BREEAM et référentiels : crédibiliser la démarche
La CERTIFICATION BREEAM (bâtiment neuf ou rénovation) impose une discipline et rend cohérentes les décisions bâtiment/exploitation. L’intérêt n’est pas le badge : c’est la discipline qu’elle impose et la comparabilité qu’elle offre face aux investisseurs, donneurs d’ordres ou assureurs.
Les référentiels internes ou de filière (logique type label 6PL) permettent de formaliser des engagements vérifiables (énergie, déchets, achats, transport, sécurité) et de les traduire en exigences d’exploitation.

Préparer les preuves : du bâtiment à l’exploitation (et pas l’inverse)
Une certification ou un référentiel crédible repose sur des preuves simples et tenables : procédures, plans, relevés, contrôles, et rituels. Ne tombez pas dans le piège du “dossier parfait” déconnecté du terrain. Sécurisez la continuité : qui mesure, qui décide, qui corrige.
Le bon résultat : une démarche ESG qui résiste aux audits… parce qu’elle résiste d’abord à vos semaines “chargées”.
Feuille de route pragmatique : 90 jours pour lancer, 12 mois pour consolider
Pour un lancement rapide, structurez votre plan :
- 90 jours : Installer les bases (un responsable, 6 indicateurs max., cartographie des postes) et lancer 3 à 6 quick wins visibles. Il est toujours plus facile de tenir un changement VISIBLE.
- 12 mois : Consolider (standardiser, former, prouver, intégrer la démarche dans les décisions d’investissements et d’achats).
Le meilleur rendu est celui qui coche trois cases : visible sur site, mesurable, compatible avec l’exploitation.
Pour les dirigeants, “Énergie & ESG” en entrepôt est une démarche de pilotage qui relie bilan carbone, performance opérationnelle et crédibilité commerciale.
En structurant vos axes – énergie & consommation, éclairage, batteries, emballages/déchets – vous gagnez en maîtrise, en résilience et en capacité à répondre aux exigences clients sans sacrifier la productivité.

