La performance d’un entrepôt ne se limite plus à la seule capacité de stockage ou à la vitesse de préparation.

Les dirigeants et managers doivent adopter des méthodes d’amélioration continue capables de sécuriser la qualité de service, d’absorber les pics d’activité (soldes, fin d’année) et de limiter l’usure des équipes. Et bien sûr de pérenniser les standards et processus dans le temps.

C’est le rôle précis d’outils comme le 5S, la VSM (Value Stream Mapping), la chasse aux gaspillages, l’ergonomie, le diagramme spaghetti et le Gemba Walk (ou “Jemba Walk”).

L’objectif de cet article est de vous aider à identifier quelles méthodes sont disponibles, dans quel ordre, et comment les déployer concrètement.

diagramme spaghetti

Table des matières

Pourquoi l’amélioration continue en entrepôt devient un sujet de direction ?

Le vrai enjeu : performance, sécurité, qualité de service (sans “sur-lean”)
L’amélioration continue en entrepôt devient un sujet de haut niveau (COMEX) lorsque trois réalités se rejoignent : la variabilité des volumes, la tension sur la main-d’œuvre (recrutement, fidélisation), et l’exigence client (délais, fiabilité).

Dans les zones denses — autour de Paris, de l’A86, de Lyon Part-Dieu, d’Euralille, ou d’Euroméditerranée — le moindre défaut d’organisation se traduit vite en retards, erreurs de préparation, accidents bénins ou rework.

Pour un dirigeant, la bonne question n’est pas “quelle méthode est à la mode ?”, mais : où se situe le blocage principal du système, et quel rituel de management le fera diminuer ?

Une démarche solide vise des résultats concrets :

Comme par exemple

  • Réduire les délais (du quai à l’expédition) sans dégrader la qualité.
  • Sécuriser l’exécution (règles simples, standards visibles).
  • Améliorer l’engagement (moins d’irritants quotidiens, moins de reprises après erreur).
  • Limiter les temps de déplacements lors des prélèvements

C’est pourquoi la démarche logique est souvent la suivante : stabiliser le terrain (5S), puis visualiser les flux et délais cachés (VSM), avant d’attaquer les gaspillages et l’ergonomie avec des preuves terrain (Gemba).

5S : stabiliser le terrain avant d’optimiser les flux

Comment déployer un 5S pragmatique (marquage, standards, audits)

Le 5S (Seiri, Seiton, Seiso, Seiketsu, Shitsuke) est l’une des méthodes les plus rentables en entrepôt, car elle rend le travail lisible et reproductible. L’idée est simple : si votre zone de réception, vos allées de picking, votre zone de litige ou votre espace de charge ne sont pas “évidents”, vous payez chaque jour une taxe invisible en temps de recherche, déplacements, erreurs et micro-risques.

Un 5S pragmatique se déploie par “micro-périmètres” : une zone (ex. : la zone de packing), une équipe, un standard visuel simple. Concrètement, cela implique : marquage au sol, emplacements définis (outils, consommables), étiquetage cohérent, règles de rangement et check-list de fin de poste.

L’intérêt est maximal : plus c’est visuel, moins vous dépendez de la mémoire des collaborateurs.

Le point clé pour éviter l’effet “coup de peinture” est l’audit léger. Un audit 5S court (10 minutes) hebdomadaire, mené par le management de proximité, permet d’ancrer la tenue dans la durée. 

Vous ne cherchez pas la perfection ; vous cherchez un terrain stable pour pouvoir ensuite optimiser les flux sans “recréer du désordre”.

VSM : visualiser les délais cachés entre réception, stock et expédition

Passer du “current state” au “future state” sans usine à gaz

La VSM (Value Stream Mapping) sert à répondre à une question cruciale de dirigeant : “Où disparaît le temps entre l’entrée et la sortie ?”. En entrepôt, le délai ne se trouve pas seulement dans l’opération physique (scanner, prélever, filmer), mais dans les attentes, les boucles de contrôle inutiles, les ruptures de charge, le priorités contradictoires et les reprises (litiges, retours, ré-étiquetage).

La méthode reste simple si vous respectez deux règles. Premièrement, cartographiez un flux représentatif (une famille de commandes ou un client type : e-commerce, pièces de rechange, etc.).

Deuxièmement, mesurez peu mais bien : temps de traitement (Valeur Ajoutée), temps d’attente, volumes, taux d’anomalies et points de décision. Vous pouvez faire cela sur un site de 5 000 m² ou sur une plateforme nationale proche de Rungis (94150) : l’échelle change, la logique reste.

Le livrable utile n’est pas un poster “complexe”. C’est un état futur (future state) lisible : moins d’attentes, moins d’allers-retours, des règles de priorité claires, et des contrôles placés au bon endroit. Une VSM réussie met en évidence 2 à 3 leviers d’action maximum, puis déclenche un plan d’actions court, piloté par des routines.

Gaspillages en logistique : les repérer là où ils coûtent vraiment

Diagramme spaghetti : réduire les kilomètres inutiles du picking

Parler de gaspillages en logistique devient concret dès qu’on les rend observables. En entrepôt, ils prennent des formes très opérationnelles : déplacements inutiles, double saisie, retours en zone, sur-contrôles, ruptures, reconditionnement, attentes au quai, recherches de matériel, rework.

Ce ne sont pas des “petits irritants” : ce sont des minutes multipliées par des centaines de lignes par jour.
Le diagramme spaghetti est l’outil le plus rapide pour objectiver un problème de déplacements. Vous tracez (au sol ou sur un plan) le chemin réel d’un préparateur pour une commande type. 

Résultat : vous voyez immédiatement les zigzags, les traversées d’allées, les retours au chariot, les contournements liés au stockage ou au réassort. Sur des sites français proches de grands échangeurs (A6/A7, A13, A35), où les surfaces sont parfois contraintes, cet outil permet de mettre fin aux débats “au ressenti”.

Les actions classiques qui découlent d’un spaghetti efficace : réimplantation ABC (sans dogme), regroupement des articles souvent co-commandés, zones tampons au bon endroit, règles de réassort, et parfois simple “mise au propre” 5S (un bac mal positionné peut suffire à créer 30 pas de trop, répétés toute la journée).

Dans l’arsenal disponible il existe également la simulation de flux et le recours à une maquette. Aussi puissant que sous utilisé.

méthode ABC logistique entrepôt

méthode ABC logistique entrepôt

Ergonomie : productivité sans usure des équipes

Concevoir des postes et des gestes qui tiennent dans la durée

L’ergonomie en entrepôt n’est pas un “plus RH” : c’est un levier direct de performance, de qualité et de stabilité sociale. Quand les postes fatiguent, les gestes se dégradent, les erreurs montent, l’absentéisme augmente et la formation “repart de zéro”. C’est particulièrement vrai dans les bassins tendus, où recruter et fidéliser est un enjeu quotidien.

Une approche ergonomique pragmatique se concentre sur trois points :

  1. Hauteurs et zones de préhension : Limiter les prises au sol et au-dessus des épaules, adapter bacs/étagères, réduire les torsions.
  2. Aides et outillage : Chariots adaptés, tables à hauteur variable, dérouleurs, systèmes de maintien, scanners mieux positionnés, éclairage correct.
  3. Organisation du travail : Alternance de tâches, pauses intelligentes, standards de gestes, formation courte et répétable.

Le piège à éviter : confondre ergonomie et “surinvestissement”. Beaucoup d’améliorations sont à faible coût si elles s’appuient sur des observations terrain (Gemba Walk) et des irritants concrets. L’objectif est premium et durable : produire mieux, plus longtemps, avec moins d’usure.

Gemba Walk : transformer l’observation terrain en décisions utiles

Installer une routine de pilotage simple (PDCA, management visuel)

Le Gemba Walk (aller “là où se crée la valeur”) consiste à se rendre sur le terrain, au bon moment, avec les bonnes questions. 

Pour un dirigeant ou un manager, ce n’est ni une visite protocolaire, ni une chasse aux fautes. C’est une méthode pour relier les objectifs (service, coûts, sécurité) aux réalités opérationnelles (flux, obstacles, standards).

Un simple tour de “bonjour” chaque jour sur le terrain permet déjà d’incarner cette méthode.

Un Gemba Walk utile suit une trame courte : observer un flux précis (ex. : réception → mise en stock), écouter les irritants, vérifier les standards (5S, règles de priorité), et décider d’une action simple. 

La clé est la cadence : 30 à 45 minutes, toujours sur le même périmètre au départ, puis élargissement progressif. Sur un site proche de grands axes (A1/A10/A7) où l’activité varie en journée selon les enlèvements transporteurs, planifiez le Walk sur les créneaux où les problèmes apparaissent réellement.

 

Pour ancrer les gains, reliez ces observations à une boucle PDCA (Plan-Do-Check-Act) et à un management visuel : un tableau clair, 5 à 10 indicateurs maximum (qualité, délai, sécurité, productivité) et des revues courtes. 

Votre entrepôt progresse quand l’amélioration devient une routine, et non un événement exceptionnel.

Pour améliorer durablement la performance d’un entrepôt, l’approche doit être structurée : l’enchaînement logique est le gage de la réussite.

  1. Stabiliser le terrain (5S) : Instaurer la discipline de base pour éliminer les recherches et les micro-risques. C’est le prérequis d’un environnement de travail sûr et répétable, indispensable face à la rotation des équipes.
  2. Visualiser le délai (VSM) : Ne pas se contenter de chronométrer l’opération, mais identifier où se trouvent les attentes et les ruptures de flux qui allongent le délai client. Utiliser la VSM pour dégager trois leviers d’amélioration prioritaires.
  3. Chasser le gaspillage (Diagramme Spaghetti) : Rendre les kilomètres inutiles et les gestes parasites observables (spaghetti, ergonomie) pour mieux allouer les ressources humaines. L’ergonomie est un investissement direct dans la productivité et la réduction de l’absentéisme.
  4. Installer la gouvernance (Gemba Walk & PDCA) : Transformer l’observation terrain en décisions régulières et tracées grâce à des routines courtes et à un management visuel. L’amélioration continue doit être une fonction de management, pas un projet ponctuel