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20 janvier 2026L’éclissage d’une échelle de rayonnage peut être une excellente solution pour gagner de la hauteur et de la capacité de stockage… à condition de le traiter comme une vraie modification structurelle, pas comme un simple bricolage.
C’est quoi, l’éclissage d’une échelle de rayonnage ?
Dans un rayonnage métallique (palettier, mi-lourd ou léger), l’échelle est la structure verticale composée de deux montants reliés par des diagonales et des traverses. C’est elle qui reprend les efforts verticaux (poids des charges) et une partie des efforts horizontaux (chocs de chariots, vibrations, etc.).

L’éclisse d’échelle (ou de montant) est une pièce métallique de liaison qui permet d’assembler deux montants ou de prolonger un montant existant pour augmenter la hauteur d’une installation.
Éclisser une échelle, c’est donc ajouter une « rallonge » de montant sur une échelle existante, à l’aide d’éclisses prévues pour cela, afin de gagner de la hauteur utile (un ou plusieurs niveaux supplémentaires).
En exploitation, la tentation est forte : « On a encore 1,50 m sous plafond, on éclisse et on rajoute un niveau, sans tout démonter. » Sur le principe, l’idée paraît logique, mais en réalité, c’est une modification structurelle à part entière, qui doit être calculée, validée et contrôlée.
Pourquoi éclisser une échelle ? Les intérêts logistiques et économiques
L’éclissage est souvent envisagé pour augmenter la capacité d’un entrepôt sans se lancer dans un chantier lourd.
Les motivations les plus fréquentes sont :
- Ajouter un ou plusieurs niveaux de palettes dans une allée existante, sans changer tout le rayonnage.
- Passer à des charges moins hautes (palettes plus basses) et densifier en créant un niveau supplémentaire en hauteur.
- Accompagner une montée en puissance de l’activité (plus de références, plus de stock tampon) tout en limitant les travaux et les interruptions de production.
Comparé à un démontage complet et au remplacement par des échelles neuves, l’éclissage peut réduire :
- Le temps d’arrêt de la zone.
- La main-d’œuvre liée au démontage/remontage.
- Les déchets et les transports de matériel, en valorisant l’existant.
Dans certains cas, l’éclissage permet également de réemployer des échelles en stock ou issues d’une autre zone, ou d’adapter un rayonnage léger/mi-lourd de série à l’aide de kits d’éclisses prévus par le constructeur.
Quand ces éclisses sont des accessoires d’origine, dimensionnés et testés, on bénéficie d’une modularité encadrée et documentée.
Les limites et inconvénients de l’éclissage

Là où l’éclissage est souvent mal compris, c’est qu’il change profondément la façon dont la structure travaille. On ne parle plus d’une échelle monobloc : on crée une ou plusieurs zones de discontinuité, qui deviennent des points sensibles.
Sur le plan mécanique, la jonction par éclisse crée une zone :
- Où les contraintes locales peuvent être plus élevées.
- Où les jeux de montage introduisent davantage de flexibilité.
- Où le flambement du montant peut devenir plus critique.
L’augmentation de hauteur modifie aussi la répartition des efforts : points “fléchissants” dans les montants, efforts supplémentaires sur les ancrages au sol, travail des diagonales et des contreventements.
Une échelle calculée pour 10 m pleine hauteur n’est pas automatiquement équivalente à un assemblage « 8 m + éclisse 2 m » : cela ne vaut que si le constructeur a prévu, validé et documenté cette configuration.
Autre limite clé : chaque système de rayonnage est spécifique à un fabricant et à une gamme (profil de montant, épaisseur d’acier, perforations, attaches de lisses, etc.).
Conséquences directes :
- Impossible d’utiliser des éclisses « universelles » sans recalcul sérieux.
Même si « ça rentre », l’assemblage peut être mécaniquement incompatible.
Dès que l’on utilise des éclisses non prévues par le fabricant, on sort du cadre de calcul initial… donc de la capacité de charge garantie.
Les risques sécurité liés à l’éclissage
La norme NF EN 15635 encadre l’utilisation et la maintenance des rayonnages métalliques, en mettant l’accent sur la sécurité, la traçabilité des modifications et l’obligation d’inspections régulières.
Elle ne parle pas spécifiquement d’« éclissage », mais ses principes s’appliquent pleinement à ce type de modification.
Les principaux risques sont :
- Flambement du montant au niveau de l’éclisse, surtout si la hauteur libre entre points de contreventement est trop grande.
- Déformations visibles mais non traitées (montants qui « ondulent ») pouvant conduire à une ruine progressive ou brutale de l’échelle.
- Effet domino sur les travées adjacentes en cas de rupture, avec un effondrement partiel ou total de l’allée.
Plus la structure est haute, plus les efforts horizontaux en tête (chocs de chariot, vibrations, etc.) génèrent un bras de levier important, et plus les efforts sur les ancrages augmentent.
Un éclissage « opportuniste » qui ajoute 1 ou 2 niveaux sans revoir le plan d’ancrage, les entretoises de jumelage ou les dispositifs anti-basculement peut créer un risque sérieux de renversement.
Sur le plan réglementaire et assurantiel, tout ce qui modifie la structure doit être documenté (plans, notes de calcul ou attestation constructeur), validé par une personne compétente et contrôlé lors des inspections périodiques (NF EN 15635, guides INRS).
En cas d’accident, une modification non tracée ou non conforme aux recommandations du constructeur peut engager la responsabilité de l’exploitant et remettre en cause la prise en charge par l’assureur.
Bonnes pratiques si l’on décide d’éclisser
L’éclissage n’est pas interdit par principe, mais il doit être totalement maîtrisé.
Pour un site logistique, une approche pragmatique consiste à suivre quelques règles clés.
- Partir du fabricant, jamais de l’improvisation
- Identifier précisément la gamme de rayonnage : marque, type, année, référence de profil.
- Consulter le constructeur (ou un spécialiste travaillant avec lui) pour vérifier que la gamme est éclissable, obtenir les kits d’éclisses certifiés et récupérer les nouvelles capacités de charge (tableaux, notes).
Si le fabricant n’existe plus ou ne supporte plus la gamme, la seule voie sûre est le recalcul par un bureau d’études spécialisé ou le remplacement des échelles.
Dans tous les cas, on bannit les éclisses « maison », les profils soudés et les pièces récupérées d’autres systèmes.
Un éclissage correct suppose de respecter des paramètres que le constructeur doit préciser :
- Hauteur minimale de recouvrement entre les deux montants (longueur d’encastrement).
- Nombre et diamètre des boulons de liaison.
- Position de l’éclisse par rapport au sol, au premier niveau de lisses et aux points de contreventement.
- En pratique, on évite les éclissages trop près du sol ou au nu d’un niveau de lisses, là où les efforts sont les plus élevés.
- L’objectif est de positionner la jonction dans une zone où les moments sont relativement moins critiques, en cohérence avec les calculs du fabricant.
- Adapter contreventements et accessoires
Éclisser peut impliquer :
- De modifier ou ajouter des diagonales et traverses dans la partie haute.
- De renforcer certaines protections de montants.
- De revoir les entretoises de jumelage pour les palettiers dos à dos.
- D’adapter les grilles anti-chute et filets de protection.
Tous ces éléments influencent le comportement global de la structure et doivent donc être intégrés dans l’étude.
Montage, contrôle et signalisation
Le montage doit être réalisé par une équipe formée au rayonnage, avec :
- Respect des couples de serrage.
- Utilisation de la boulonnerie fournie avec les éclisses.
- Contrôle de la verticalité (dévers) après éclissage.
Sur le plan documentaire, il faut :
- Mettre à jour les plans d’implantation.
- Adapter les panneaux de charge (capacités, hauteurs).
- Intégrer ces points dans les inspections périodiques prévues par la NF EN 15635.
Enfin, les équipes doivent être informées du changement de configuration et des nouvelles consignes (charges à ne pas dépasser, prudence de conduite en hauteur, etc.).
Dans quels cas refuser l’éclissage ?
Même avec de bonnes éclisses, certaines situations ne se prêtent pas à l’éclissage.
Les structures anciennes ou déjà fragilisées
Il est fortement déconseillé d’éclisser :
- Des montants présentant déjà des déformations plastiques.
- Des rayonnages ayant subi des chocs répétés non réparés.
- Des zones avec corrosion importante (chambres froides, environnements humides, atmosphères agressives).
Dans ces cas, la priorité est la remise en état ou le remplacement, pas l’augmentation de hauteur.
Les structures très grandes hauteurs et environnements sensibles
Plus la structure monte, plus la prudence s’impose, en particulier :
- En très grande hauteur (allées étroites, chariots à grands mâts, stockage automatisé).
- En zone sismique ou avec exigences spécifiques (sprinklage, charges dynamiques, etc.).
- Dans des installations fortement automatisées où le reparamétrage des systèmes (WMS, AGV, transtockeurs) devient complexe.
Dans ces contextes, on privilégie généralement des échelles monoblocs calculées d’origine plutôt qu’un éclissage.
“Ajouter qu’un seul niveau en éclissage présente un risque supplémentaire d’instabilité de la structure”
En substance
Éclisser peut être une bonne option pour densifier un entrepôt si, et seulement si, l’on utilise des kits d’origine constructeur, correctement dimensionnés et posés. Et pas dans tous les cas !
C’est une véritable modification structurelle : elle doit être calculée ou validée, documentée et contrôlée régulièrement au titre de la NF EN 15635.
Aucun bricolage n’est acceptable : éclisses artisanales, profils soudés « qui tiennent bien », pièces récupérées d’autres gammes, etc.
Les risques ne sont pas seulement mécaniques (flambement, effondrement), ils sont aussi juridiques et assurantiels en cas d’accident.
Le bon réflexe, avant toute décision : impliquer le PRSES (Personne Responsable de la Sécurité des Équipements de Stockage selon la norme NF EN 15635) , le constructeur et un expert rayonnage, puis seulement décider si l’éclissage est la bonne solution… ou si une autre approche est plus sûre et plus durable.
L’éclissage n’est clairement pas un simple « réglage d’étagère », mais une décision de gouvernance sécurité qui engage l’entreprise.
Par Pierre




