Dimensionner et gérer les équipes d’un entrepôt n’est pas un exercice théorique : c’est la fondation d’une exécution fiable face à la variabilité des volumes, la saisonnalité (Black Friday, fin d’année), les tensions de recrutement, et l’exigence de service.
Pour un dirigeant ou un manager, l’enjeu est d’éviter le sous-effectif (qui dégrade le service et use les équipes) et le sureffectif (qui plombe les coûts).
La réponse tient à une mécanique RH structurée :
- Dimensionnement par les flux.
- Polyvalence métier structurée.
- Grille de compétences pilotable.
- Onboarding et formation par la mise en situation.
- Rôle renforcé du manager de proximité.

Table des matières
Dimensionner les équipes : une méthode simple, à partir des flux
Mesurez la charge de travail avec vos données opérationnelles !
Pour dimensionner, partez de la charge de travail lue dans vos flux, et non de l’organigramme. Même sans outil “parfait”, vous disposez de données : lignes de commande, colis, palettes, réceptions, expéditions, litiges, retours, etc.
Découpez l’entrepôt en activités (réception, contrôle, mise en stock, préparation, packing, expédition) et associez à chacune un indicateur de volume et un temps standard de référence. L’objectif n’est pas d’être “scientifique” au centième, mais d’être cohérent et comparable d’une semaine à l’autre.
Cette approche aide à objectiver les discussions en justifiant les moyens par des faits, et à identifier où la charge “déborde” (quais saturés, rupture en picking).
Bien que ce dimensionnement soit “facile” il n’est malheureusement que très peu constaté dans les PME et ETI notamment. Pourtant, se base sur des éléments factuels aide grandement à encadrer sa performance.
Il est donc recommandé de démarrer simple, avec 8 – 10 activités max avant d’affiner. Pas besoin de rentrer directement dans une étude des flux en mode ‘SMB”. Même si cette méthode apporte rigueur et réflexion.
Exemple de dimensionnement pour démarrer :
| Activité | Indicateur de volume | Volume période (ex. /jour) | Temps standard (sec/unité) | Charge (h) | Heures productives / pers. |
|---|---|---|---|---|---|
| Réception | Palettes reçues | ||||
| Contrôle / litiges | Dossiers / lignes | ||||
| Mise en stock | Palettes / bacs | ||||
| Réappro picking | Missions / bacs | ||||
| Préparation | Lignes / colis | ||||
| Packing | Colis packés | ||||
| Expédition | Colis / palettes expédiés | ||||
| Retours | Colis retours |
Définir l’effectif cible : socle, flex, pics et aléas
Pour un dimensionnement robuste, raisonnez en quatre briques :
- Socle : L’effectif minimum pour assurer la promesse client quotidienne (qualité et sécurité incluses). Ne pas oublier dans ce socle le temps “non productif” mais dédié à la qualité d’exécution : documentation, formation, nettoyage, etc…
- Flex : Couvre la variabilité “normale” (fluctuations hebdomadaires, absences courtes, petits aléas).
- Pics : Périodes prévisibles (opérations commerciales, fins de mois, inventaires).
- Aléas : Imprévu (pannes, retard fournisseurs, absentéisme exceptionnel).
Cette logique évite de surdimensionner le socle “au cas où”. Elle permet de formaliser les leviers associés : intérim qualifié, heures supplémentaires encadrées, polyvalence interne, ou décalage d’activités non critiques.
Le gain managérial est immédiat : vous clarifiez ce qui relève de l’organisation (socle) et ce qui relève du pilotage (flex/pics/aléas).
Polyvalence métier : sécuriser la continuité sans épuiser les équipes
Cartographier les postes et construire des parcours de polyvalence.
La polyvalence métier est un avantage quand elle est structurée. L’idée est de sécuriser la continuité de service sur les postes critiques (réception, préparation, packing, expédition, réappro).
- Cartographie simple : Postes, compétences nécessaires, niveau de risque (sécurité/qualité), impact client en cas de rupture.
- Parcours compatibles : Construisez des “paires” réalistes avec des compétences clés, des gestes standardisés et des critères de validation.
Cette polyvalence maîtrisée réduit la dépendance aux “personnes indispensables”, améliore la résilience en cas d’absence, et fluidifie les pics. Pour un dirigeant, c’est une assurance opérationnelle.
Cette polyvalence fait émerger des profils qui peuvent gagner en responsabilité ou évoluer vers du mentoring particulièrement pertinent pour accompagner toute nouvelle compétence sur le terrain.
Fixer des règles claires : qualité, sécurité, droit du travail, fatigue
La polyvalence échoue quand elle est une injonction floue. Pour la rendre durable, posez des règles simples :
- Qualité : Indicateurs pour juger la qualité du travail (erreurs de préparation, litiges).
- Sécurité : Autorisations, habilitations, consignes (non négociable).
- Cadre : Limitations (horaires, charges, équipements) et rotation intelligente pour éviter la fatigue et les tensions.
La bonne règle de pilotage est de planifier la polyvalence à l’avance (par créneaux ou vagues) et de la réserver aux exceptions clairement identifiées. La polyvalence devient alors un outil de stabilité.
Grille de compétences : rendre la montée en maîtrise visible et pilotable
Structurez une grille de compétences utile (et pas administrative)
Une grille de compétences sert à décider : qui peut faire quoi, à quel niveau, avec quel degré d’autonomie, et sur quels postes l’équipe est fragile.
Gardez-la simple :
- Liste de postes/activités.
- 3 à 4 niveaux (découverte, autonome, confirmé, référent).
- Critères observables : respect des standards de préparation, maîtrise des outils (scan, WMS), gestion des exceptions, application des règles sécurité, comportements professionnels.
Cette grille est la colonne vertébrale des décisions RH : affectation quotidienne, polyvalence, nominations de référents, et préparation des pics. Elle facilite un management plus juste (évaluation basée sur des faits observables) et permet un meilleur accompagnement des collaborateurs dans le temps.
Relier la grille au quotidien : objectifs, qualité, WMS et progrès
La grille prend de la valeur quand elle est reliée aux rituels d’équipe, au suivi qualité et aux objectifs d’activité.
Sans tomber dans le “pilotage par la peur”, vous reliez la progression à des signaux simples : stabilité du taux d’erreur, autonomie sur une zone, respect des standards sécurité.
Le bénéfice est double : vous sécurisez la performance (moins d’erreurs coûteuses) et vous renforcez l’engagement (les équipes voient une trajectoire et une reconnaissance concrète).
Onboarding et formation : accélérer la prise de poste, réduire les erreurs
Concevoir un onboarding 30-60-90 jours adapté à l’entrepôt
Un onboarding efficace vise à rendre la personne utile rapidement, sans sacrifier la sécurité et la qualité.
- 30 jours : Autonomie sur un périmètre simple (une zone, un process standard).
- 60 jours : Ajout de la gestion des exceptions courantes.
- 90 jours : Consolidation de la polyvalence sur un second poste, avec validation formelle.

Le point clé est l’accompagnement : un tuteur identifié, des standards accessibles, et des contrôles qualité pensés comme du coaching. Cet onboarding est précieux pour l’intérim ou en bassin tendu : il limite le turnover lié au “choc du poste”.
Miser sur la mise en situation : le standard le plus formateur
La mise en situation est la méthode la plus efficace en entrepôt, car elle colle à la réalité (rythme, contraintes, aléas). Elle doit être organisée :
- Scénario simple.
- Standard clair.
- Débrief structuré : ce qui était attendu, ce qui a bloqué, comment réussir la prochaine fois.
Utilisez-la sur des points critiques : préparation multi-références, packing complexe, gestion d’un litige, sécurisation d’un quai. Le rôle du manager de proximité et des référents est central : observer, corriger un geste, valider un niveau de compétence.
Sans jamais oublier le feedback ! Surtout s’il est positif ! Il permettra d’autant plus facilement de recadrer le cas échéant.
Comme on ne retient que le négatif (ou plus facilement le négatif dans notre culture latine), il est indispensable de pratiquer les feedbacks positifs pour garder un équilibre : 1 retour de recadrage s’équilibre pour 10 retours positifs. Source empirique collectée au fil de différents échanges terrains en entrepôts.
Manager de proximité : le levier n°1 de l’exécution RH sur le terrain
Installer des rituels terrain qui tiennent dans une journée réelle
Le manager de proximité transforme la politique RH en exécution quotidienne. Les rituels doivent être simples, courts, et réguliers :
- Brief de début de poste : Sécurité, priorités, points d’attention.
- Point mi-journée : Écarts, renforts, aléas.
- Débrief de fin : Qualité, anomalies, améliorations.
Le manager sécurise la journée : il clarifie l’objectif, protège la sécurité, affecte selon la grille de compétences, et arbitre la polyvalence métier sans créer de chaos. La confiance se construit quand il est présent sur le terrain, parle factuellement, et aide à réussir.
Ce que disent moins les articles sur ce poste central de l’excellence logistique, c’est que c’est un poste difficile avec le “cul entre 2 chaises”. D’un côté le top management orienté résultats et performance. De l’autre les collaborateurs orientés quotidiens et travail bien fait pour le salaire touché.
C’est un poste bilingue pour lequel il faut comprendre les 2 cultures (bien souvent peu enclines à se comprendre culturellement) et savoir user de diplomatie à tous les étages tout en étant techniquement excellent.
LE poste formateur par excellence en logistique.

Piloter sans fliquer : indicateurs utiles et signaux humains
Le pilotage RH fonctionne quand il est équilibré : quelques indicateurs utiles et une attention réelle aux signaux humains.
- Indicateurs essentiels : Service (délais, complétude), Qualité (erreurs, litiges), Sécurité (presqu’accidents, écarts), Stabilité (absentéisme, turnover).
- Signaux humains : Fatigue visible, tensions d’équipe, incompréhensions process, sentiment d’injustice.
Le manager doit pouvoir agir : réorganiser un binôme, adapter une rotation, renforcer un tutorat. Ce pilotage “premium” améliore la performance durablement : moins d’usure, moins d’erreurs, et une exécution robuste.
Déployer : adapter votre organisation RH au territoire
Bassins d’emploi, accessibilité, horaires : penser “local”
Une organisation RH performante est GEO compatible : elle tient compte du territoire, des temps de trajet et des réalités locales. L’accessibilité (proche A1, A6, A7, A10, A13, rocade, ou zones portuaires/aéroportuaires) influence directement la ponctualité, l’attractivité et la capacité à recruter.
Intégrez des éléments concrets :
Horaires adaptés aux transports, covoiturage, organisation des prises de poste. Penser “local” réduit les frictions et améliore la rétention.
Intérim, sous-traitance, prestataires : garder la maîtrise RH
Un logisticien de la place du Havre (76) a réussi à faire installer un arrêt de bus à proximité de l’entrepôt pour favoriser l’employabilité et la mobilité des salariés. Une excellente initiative qui inclut clairement la notion territoriale.

